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Freelances transfrontaliers14 juillet 202611 min de lecture

Freelance en France : autoliquidation de la TVA et clients étrangers

Facturer un client dans l'UE ou hors UE quand on est freelance ? Ce guide explique quand la TVA française s'applique, quand c'est l'autoliquidation, les mentions obligatoires selon le pays et le statut du client, et les déclarations (DES, e-reporting) à ne pas manquer.

Vous êtes freelance en France, un premier client à l'étranger vous demande une facture, et vous bloquez sur une question simple en apparence : est-ce que j'ajoute de la TVA, ou pas ? Et si non, qu'est-ce que je suis censé écrire à la place ?

C'est l'un des points les plus mal expliqués de la vie d'indépendant. Les règles ne dépendent pas de votre bonne volonté mais de trois critères précis : le statut de votre client (entreprise ou particulier), sa localisation (France, UE, hors UE) et la nature de la prestation. Une fois ces trois cases cochées, la réponse est mécanique.

Ce guide vous donne la logique complète, les mentions exactes à recopier sur vos factures et les déclarations à ne pas oublier. Il vaut aussi bien pour un développeur qui facture une agence berlinoise que pour une graphiste qui travaille avec un client à New York. C'est une information générale et non un conseil fiscal personnalisé : en cas de doute sur votre situation, l'interlocuteur officiel est votre Service des impôts des entreprises (SIE).

Qu'est-ce que l'autoliquidation de la TVA, concrètement ?

L'autoliquidation (le « reverse charge » en anglais) est le mécanisme par lequel ce n'est plus le prestataire qui collecte la TVA, mais le client qui la déclare et la paie lui-même dans son propre pays.

Prenons un cas typique. Vous êtes consultant à Lille, vous réalisez une mission pour une société établie en Belgique. Normalement, un vendeur ajoute la TVA à sa facture puis la reverse à l'État. Ici, non : vous facturez hors taxe (0 % de TVA française), et c'est l'entreprise belge qui « auto-liquide » la TVA belge — elle la déclare et, le plus souvent, la déduit dans la foulée. L'opération est neutre pour elle et vous évite d'avoir à vous immatriculer à la TVA dans chaque pays de vos clients.

Ce mécanisme repose sur une règle de territorialité : pour une prestation entre professionnels (B2B), la TVA est due au lieu où le client est établi (article 259-1 du Code général des impôts). Comme votre client n'est pas en France, la TVA française ne s'applique pas.

Comment savoir quelle règle s'applique à ma facture ?

Posez-vous les questions dans cet ordre. Le tableau ci-dessous résume les quatre situations les plus fréquentes pour un freelance qui vend des prestations de services.

Votre clientOù est-il ?TVA sur la facture ?Mention à porter
Entreprise (B2B)Autre pays de l'UENon, hors taxeAutoliquidation + les 2 n° de TVA intracom
Entreprise (B2B)Hors UENon, hors taxeTVA non applicable – art. 259-1 du CGI
Particulier (B2C)UEEn principe TVA française(exception : services numériques, voir plus bas)
Particulier (B2C)Hors UEEn principe TVA françaiseRègle générale de l'art. 259 du CGI

Deux réflexes évitent 90 % des erreurs :

  1. Vérifiez le statut du client. Un « assujetti » est une personne (physique ou morale) qui exerce une activité économique indépendante. Concrètement, demandez son numéro de TVA intracommunautaire : s'il en fournit un valide, c'est un professionnel (B2B). Vous pouvez le contrôler gratuitement sur le service VIES de la Commission européenne.
  2. Attention si vous êtes en franchise en base. Ne pas facturer la TVA à vos clients français ne vous dispense pas des règles internationales : elles s'appliquent quand même (voir la dernière section).

Comment facturer un client professionnel dans l'UE ?

C'est le cas le plus courant, et celui où l'autoliquidation s'applique. La marche à suivre :

  • Récupérez et vérifiez le numéro de TVA intracommunautaire du client (via VIES). S'il est invalide, vous ne pouvez pas appliquer l'autoliquidation en toute sécurité.
  • Demandez votre propre numéro de TVA intracommunautaire à votre SIE si vous n'en avez pas encore. C'est obligatoire, même en micro-entreprise.
  • Facturez hors taxe, sans ligne de TVA.
  • Faites figurer sur la facture : votre numéro de TVA intracom, celui du client, et la mention « Autoliquidation ». Beaucoup d'indépendants ajoutent la base légale (« autoliquidation par le preneur, art. 196 de la directive 2006/112/CE ») ; c'est admis mais le mot « Autoliquidation » suffit selon l'administration fiscale.
  • Déposez ensuite votre Déclaration européenne de services (voir plus bas).

Exemple

Vous êtes rédactrice à Bordeaux, mission de 2 000 € pour une start-up en Espagne. Vous facturez 2 000 € HT, mention « Autoliquidation », votre n° FR et le n° ES du client. La start-up déclare la TVA espagnole (21 %) chez elle. Vous n'avez pas un centime de TVA à reverser à l'État français sur cette opération.

Comment facturer un client professionnel hors UE ?

Le principe de territorialité est le même — la prestation n'est pas imposable en France — mais la mention change et il n'y a pas de DES à déposer (la DES ne concerne que l'UE).

  • Facturez hors taxe.
  • Portez la mention : « TVA non applicable – art. 259-1 du CGI ».
  • Vous n'avez pas besoin d'échanger de numéro de TVA intracommunautaire (il n'existe pas hors UE).

Exemple : vous développez un site pour une entreprise suisse ou américaine. Facture en HT, mention « TVA non applicable – art. 259-1 du CGI », et c'est tout côté TVA française. Vérifiez toutefois si le pays du client impose une retenue ou une taxe locale : c'est une question de droit étranger, à traiter avec le client.

Et si mon client est un particulier (B2C) ?

Ici, la logique s'inverse. Pour une prestation à un particulier, la règle générale (article 259-2° du CGI) veut que la TVA soit celle du pays du prestataire, donc la TVA française, que le particulier soit en France, en Italie ou au Canada.

Deux nuances importantes :

  • Si vous êtes en franchise en base, vous ne facturez de toute façon aucune TVA à ce particulier : vous portez la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI ».
  • Exception pour les services fournis par voie électronique (logiciels, formations en ligne préenregistrées, abonnements numériques, e-books…) rendus à des particuliers dans l'UE : la TVA est due dans le pays du consommateur, à son taux local. Un seuil unique de 10 000 € HT par an, tous pays de l'UE confondus, déclenche cette bascule. En dessous, vous pouvez appliquer la TVA française ; au-dessus, vous appliquez la TVA du pays de chaque client et vous la déclarez via le guichet unique OSS, une déclaration trimestrielle unique déposée en France qui reverse ensuite à chaque État.

Quelles déclarations dois-je faire en plus de la facture ?

Émettre la bonne facture n'est que la moitié du travail. Deux obligations reviennent souvent :

La Déclaration européenne de services (DES)

C'est l'obligation la plus oubliée par les freelances. Dès que vous facturez une prestation à une entreprise d'un autre pays de l'UE en autoliquidation, vous devez déposer une DES auprès de la Direction générale des douanes (service en ligne sur douane.gouv.fr).

  • Aucun seuil : elle est due dès le premier euro facturé.
  • Délai : au plus tard le 10e jour ouvrable du mois suivant celui où la TVA est devenue exigible (généralement la réalisation de la prestation).
  • Sanctions : le défaut de dépôt est passible d'une amende de 750 € par déclaration manquante, portée à 1 500 € si elle n'est pas régularisée dans les 30 jours d'une mise en demeure ; chaque omission ou inexactitude coûte 15 €, dans la limite de 1 500 € par déclaration.

L'e-reporting (facturation électronique)

La réforme de la facturation électronique monte en charge. Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques, et les grandes entreprises et ETI doivent déjà émettre et transmettre leurs données. Pour les TPE, PME et micro-entreprises, l'obligation d'émettre et de faire de l'e-reporting s'appliquera au 1er septembre 2027. Vos ventes à des clients étrangers (UE ou hors UE) et à des particuliers relèveront précisément de cet e-reporting : les données de transaction devront être transmises à l'administration, même quand la facture elle-même n'est pas au format électronique franco-français. Une assistance nationale est joignable au 0 806 807 807.

Micro-entrepreneur en franchise en base : suis-je vraiment concerné ?

Oui. C'est le malentendu le plus répandu. La franchise en base de TVA vous dispense de facturer la TVA à vos clients en France, mais elle ne vous soustrait pas aux règles applicables aux opérations internationales.

Concrètement, dès que vous vendez une prestation à une entreprise d'un autre pays de l'UE :

  • vous devez demander un numéro de TVA intracommunautaire à votre SIE (démarche gratuite qui ne vous fait pas perdre la franchise) ;
  • vous facturez en HT avec la mention « Autoliquidation » — et non la mention « art. 293 B » réservée à vos clients français ;
  • vous déposez la DES.

Le même numéro devient obligatoire quand vous achetez des prestations à un prestataire étranger (publicité en ligne, abonnements SaaS professionnels…) : vous devez alors auto-liquider et payer la TVA française sur cet achat, sans pouvoir la déduire en franchise.

Côté seuils, un rappel utile pour 2026 : après plusieurs projets de réforme abandonnés, les seuils de franchise en base restent inchangés. Le projet de seuil unique à 25 000 € a été définitivement supprimé par la loi du 3 novembre 2025, et le seuil unique à 37 500 € envisagé pour 2026 a lui aussi été écarté. Pour les prestations de services, la franchise s'applique donc jusqu'à 37 500 € de chiffre d'affaires (seuil majoré à 41 250 €). Ces montants conditionnent le fait de facturer ou non la TVA à vos clients français, mais pas les règles d'autoliquidation ci-dessus.

Conclusion

La règle tient en une phrase : entre professionnels, la TVA suit le client, donc un client entreprise à l'étranger se facture hors taxe (autoliquidation dans l'UE, « art. 259-1 du CGI » hors UE), tandis qu'un particulier relève en principe de la TVA française. Le vrai piège n'est pas la facture elle-même mais les obligations qui l'accompagnent — numéro de TVA intracommunautaire et DES — qui s'appliquent même en franchise en base. Prochaine étape concrète : si vous avez un client pro européen en vue, demandez dès maintenant votre numéro de TVA intracommunautaire à votre SIE, avant d'émettre la première facture. Pour toute situation particulière, appuyez-vous sur les sources officielles impots.gouv.fr et douane.gouv.fr.

FAQ

Dois-je facturer la TVA à un client européen ?
Non, si c'est une entreprise : vous facturez hors taxe avec la mention « Autoliquidation » et c'est le client qui paie la TVA dans son pays. Oui, en principe, s'il s'agit d'un particulier — c'est alors la TVA française qui s'applique, sauf pour les services numériques au-delà de 10 000 € (guichet OSS).
Que dois-je écrire sur une facture sans TVA pour un client étranger ?
Pour une entreprise dans l'UE : « Autoliquidation », avec votre numéro de TVA intracommunautaire et celui du client. Pour une entreprise hors UE : « TVA non applicable – art. 259-1 du CGI ».
Un micro-entrepreneur en franchise doit-il un numéro de TVA intracommunautaire ?
Oui, dès qu'il vend une prestation à une entreprise de l'UE ou qu'il en achète une à un prestataire étranger. Il se demande gratuitement au SIE et ne remet pas en cause la franchise en base.
Qu'est-ce que la DES et qui doit la remplir ?
La Déclaration européenne de services récapitule vos prestations B2B vers l'UE en autoliquidation. Tout prestataire concerné doit la déposer sur douane.gouv.fr, sans seuil, avant le 10e jour ouvrable du mois suivant. L'oubli est sanctionné dès 750 €.
Comment vérifier si mon client est bien assujetti à la TVA ?
Demandez son numéro de TVA intracommunautaire et contrôlez-le gratuitement sur le service VIES de la Commission européenne. Un numéro valide confirme qu'il s'agit d'un professionnel, ce qui déclenche l'autoliquidation.

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